-Gagné !!
John se leva d’un coup, et s’applaudit. Un surveillant lui cria de faire moins de bruit, puis il eut la sonnerie. Noémie fit la moue. Elle n’avait pas gagné une seule fois. Et John qui commençait à danser, encore… Elle lui jeta un mauvais regard, puis sourit. Elle s’était bien amusée néanmoins. John était vraiment un garçon original. Il était drôle certes, mais c’était un humour spécial. Il avait une autre vision des choses. Et puis, il était vraiment gentil.
John arrêta sa danse. Il regarda Noémie puis sourit tendrement. Noémie rougit sans vraiment savoir pourquoi. Il rangea rapidement les pions et le plateau, puis attrapa le sac de Noémie. Il l’attendit à la sortie de la salle. Noémie reprit son sac, et ils allèrent ensemble en cours.
La journée avait bien commencé avec John, Noémie était de bonne humeur. Et contrairement à la veille, John se fit moins bavard pour suivre les cours. Il disait qu’il y avait un temps pour s’amuser, et un temps pour apprendre. Et en cours, on apprenait. Ces propos étaient paradoxaux avec son comportement de la veille. Il n’avait fait que parler. Noémie lui fit remarquer, mais il se contenta de rire.
Contrairement à elle, il pouvait être sérieux en cours. Il disait, modeste, qu’il avait d’assez bonnes notes. Mais il lui avait montré son dernier bulletin, et avoir plus de quinze dans toutes les matières au lycée n’était pas « d’assez bonnes notes » mais de très bonnes notes. Noémie ne préférait pas lancer un débat sur ce sujet. C’était peut-être sa façon de lui expliquer qu’il ne voulait pas ne plus rien faire en cours pour discuter avec elle. Maintenant qu’ils étaient devenus amis, il n’avait plus besoin d’être bavard…
-Euh… Noémie, pourquoi as-tu cassé ton crayon ? Questionna-t-il
Noémie baissa les yeux. En effet, elle avait forcé sur le crayon avec son pouce, et il avait cédé sous sa force. Il eut un silence, puis elle commença à pouffer de rire. John suivit, mais il se calma rapidement.
Noémie se sentait toute chose en présence de John. Ca ne lui était jamais arrivé. Avec Sam, elle avait une boule dans l’estomac, mais c’était surtout de la gêne ; alors qu’avec John, elle ne savait pas ce que c’était. Et puis… Noémie écarquilla les yeux. John venait de lui mettre une tape dans le dos.
-Alors, on ne mange pas demoiselle ?
Elle le regarda, comme si elle venait de voir un fantôme. Il l’interrogea du regard, elle se contenta d’acquiescer en lui donnant à son tour une tape dans le dos, assez forte celle-ci, au moment au il approcha sa glace de sa bouche. Le résultat fut assez comique. Avec la tape, son visage s’approcha de trop de la boule de glace, finit par la percuter et la faire tomber par terre. John commença à râler en s’essuyant la glace sur son visage, puis rie avec Noémie.
Voila comment se passait leur journée durant les semaines qui suivirent. Ils ne séparaient pas, ils ne faisaient que rire et plaisanter ensemble. John n’avait pas voulut se faire d’autres amis semblait-il. Et cela plaisait à Noémie. Elle avait redécouvert les joies de l’amitié, mais elle ne voulait les partager qu’avec John. Et il semblait réellement la comprendre, ce qui touchait Noémie. D’ailleurs, il semblait la comprendre pour tout. Il savait la faire rire, il savait ce qu’il fallait dire lorsqu’elle arrivait de mauvaise humeur au lycée, ou lorsqu’elle était perdue dans ses pensées. Mais ce n’était pas réciproque. Noémie ne savait jamais interpréter les expressions de John. Il avait l’air, quoi qu’il arrive, joyeux, sûr de lui. Et il refusait de parler de son passé. Il était très clair sur ce point : son passé, c’est son passé. Noémie ne comprenait pas sa réaction. Qu’avait-il à cacher ? Et c’était pareil pour d’autres choses. Il n’invitait jamais Noémie chez lui. Elle ne savait pas où il habitait même, alors que lui, il la raccompagnait chaque soir. Elle ne savait pas grand-chose sur sa famille, juste qu’il était fils unique et que sa mère était la seule à l’élever. Il n’approfondissait jamais, et Noémie respectait ce choix avec une note de regret.
On pouvait donc dire que son passé était très flou. Mais sinon, John lui racontait tout. Ses goûts, ses projets, ses impressions… Tout. Du moins c’était ce que pensait Noémie. Elle aussi lui racontait tout. Et cette confiance les rapprochait davantage. Mais quelque chose n’allait pas. Noémie était de plus en plus de gênée devant John, qui lui, semblait vouloir être plus proche d’elle. Elle avait l’impression d’être Ève qui prit conscience de sa nudité. Et elle ne comprenait pas pourquoi. John n’était qu’un ami après tout… L’était-il ? Ou plutôt, n’était-il qu’un ami ? Noémie ne pouvait pas tomber amoureuse du premier venu après ce qui s’était passé avec Sam. Ou était-elle toujours aussi dépendante à l’amour ? Une chose était sûre, elle restait très fragile mentalement, et ses insouciances l’empêchaient de dormir correctement. Encore une fois, elle commença à perdre l’envie de dormir. Elle passait la nuit à penser à son malaise avec John et les conséquences. Il le remarqua rapidement, mais cette fois, il ne comprit pas ce qui se passait. Il s’inquiétait chaque jour davantage pour Noémie, de plus elle ne voulait rien dire.
Puis un jour, vint la révélation qui décida de ce qui allait se passer. Le jour où Noémie vit de nouveau son monde perdre l’équilibre et changer. Jour où elle dit à John ce qu’elle s’était jurer de ne plus dire à quiconque.
Le jour commença comme à son habitude. John lui demanda ce qui n’allait pas, et Noémie lui répondait qu’elle ne comprenait pas de quoi il parlait. Mais à la place de se contenter de ceci, John lui prit la main et l’entraîna dans un coin tranquille. Il la fixait, elle fuyait son regard. Et là, il exigea des explications. Noémie voulut partir, mais il la plaqua contre le mur, doucement mais fermement. Elle eut les larmes aux yeux, elle avait peur de cette confrontation depuis longtemps. John la lâcha.
-Noémie, dis-moi ce qui se passe…
-Ne me demande pas ça…
-Noémie !
Il perdait patience, Noémie le voyait. Il lui sembla tout à coup imposant et froid. Elle se mordit la lèvre, et regretta son geste juste après. Elle ne pouvait pas lui dire.
-Noémie, parle.
-John…
-Explique toi, bon sang ! Ça t’amuse de me faire peur !
-Hein… ? De quoi parles-tu ?
-Oh ! Arrête ! Je m’inquiète pour toi tu sais. Tu ressembles à un mort-vivant !
-Sympa…
-C’est vrai. Tu dors plus ou quoi ? Mais tu vas me dire ce qui ne va pas à la fin ?
-C’est pourtant simple… Je ne sais plus vraiment…
Noémie déglutit péniblement, puis continua :
-Je ne sais plus ce que je ressens pour toi, John.
-Nous ne sommes plus amis, c’est ça ? Qu’est ce que j’ai fait ?
-Rien, tu m’as mal comprise… Je suis désolée John…
Silence. John la regarda un instant, puis tourna des talons et s’en alla. Noémie n’eut pas le courage de le retenir. Elle avait encore tout gâché. Elle gâchait toujours tout. Elle n’aurait jamais d’amis comme ça. Toujours à cause de l’amour. C’était à cause de l’amour qu’elle avait perdu sa meilleure amie, Sam, et maintenant John. Il ne l’aimait pas. Elle avait eu de faux espoirs… Qui se sont anéantis brusquement. Fallait-il qu’elle reste idiote toute sa vie alors qu’elle avait déjà reçu une leçon ?
Noémie se laissa glisser contre le mur, puis, accroupit, se permit de verser toutes les larmes de son corps. Les cours venaient de reprendre, il n’y avait plus personne dans les couloirs pour la voir pleurer. Encore. Non, elle ne pouvait pas être surprise en train de pleurer. Les autres lycéens avaient déjà une opinion assez mauvaise sur elle depuis l’histoire avec Sam, les choses allaient empirer avec John. Elle se releva tant bien que mal, essuya ses larmes avec sa manche et entreprit de sortir du lycée.
Une fois dehors, elle regarda autour d’elle, espérant qu’il n’y ait pas de lycéen à l’extérieur non plus. Il y avait une personne, en face d’elle, de l’autre côté de la rue. La personne frappait désespérément un tronc d’arbre. C'était John. Noémie fit un pas vers lui, tendant la main. Elle ne serait pas la seule à souffrir peut-être. Mais pourquoi lui serait triste ? C'était lui qui l'avait rejetée. Décidément, Noémie ne comprenait pas. Quelque chose lui échappait mais elle ne voulait pas découvrir la vérité. Cela serait sans doute encore plus dur à affronter, c'était pour cela que John n'avait donné aucune explication avant de partir. Oui, sans doute...
Noémie fit le chemin du retour. Il fallait qu'elle s’éloigne de John. Il fallait éviter qu'il... Noémie s'arrêta. Une sorte de cri douloureux sortit de sa gorge. Elle tomba à genou et pleura de nouveau. Quoiqu'elle ait pu penser, ce qu'elle ressentait pour John n'avait rien à voir avec ce qu'elle avait ressentit pour Sam. Non, John, elle l'aimait sincèrement.
Au bout d'un certain temps, ses sanglots cessèrent. Elle fixait le sol, comme si la solution à ses problèmes allait apparaître. Bien sûr, il ne se passait rien... sur le sol. Mais derrière elle, il eut un soupir. Elle ne se retourna pas. Elle savait qui s'était. Une voix se fit entendre :
-Ce n'est pas de ta faute. C'est moi qui aie un problème. J'ai déjà une petite amie...
Là, Noémie se mordit la lèvre. Elle n'avait vraiment aucune chance.
-Cela faisait longtemps que je n'éprouvais plus vraiment les mêmes sentiments qu'elle. Et lorsque je t'ai vu pour la première fois... J'étais certain de ne plus l'aimer. J'ai voulu la quitter, mais elle a eut une dépression à cause de cela. Elle a tenté de mettre fin à ses jours ! Je ne pouvais pas la laisser faire, tu comprends. Mais j'ai aussi des principes. Je refuse de tromper qui que ce soit. Si j'écoute mon cœur, ma petite amie aurait le sien brisé. En ne l'écoutant pas, c'était seulement le mien qui souffrait. Mais tu m'as dis ce qui ne fallait pas dire aujourd'hui...
Noémie se releva. John ne disait plus rien. Elle se retourna et il pu constater des larmes sur son visage. Alors Noémie se jeta dans ses bras. Elle avait quelqu'un sur qui pleurer. Même si c'était à cause de lui qu'elle pleurait...
John l'entoura de ses bras, comme pour la protéger au monde extérieur. Noémie savait qu'il ne pourrait pas choisir entre elle et sa petite amie. C'était peut-être pour cette raison qu'il n'avait jamais parlé de sa vie avant de déménager.
-Comment s'appelle-t-elle ? demanda Noémie.
-Lucy. Pourquoi ?
-Et où habitait-elle ?
-Tu ne vas pas aller la voir non plus... En plus...
-Réponds à ma question s'il te plaît.
Son ton montrait qu'elle n'attendait pas de protestation. John lui donna l'adresse de la dénommée Lucy. Tiens. Elle habitait tout près de la ville.
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